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Réunion du collectif (suite) - Intervention de Richard Blanco, représentant de Lutte Ouvrière.


"  Pour faire suite à votre lettre (ou plutôt votre « circulaire » si j’en crois les envois parallèles de ce même courrier), j’avais bien noté, en effet, l’action des collectifs "anti-gaz et huile de schiste ". J’avais surtout constaté la forte mobilisation de la population dans diverses régions contre ces projets de recherche de gaz de schiste.

Je comprends l’inquiétude des riverains face aux risques sanitaires et environnementaux potentiels mis en évidence par les recherches utilisant des méthodes comme la « fracturation hydraulique », par exemple aux Etats-Unis. Plus encore, je partage leur colère de n’avoir été ni consultés ni sérieusement informés tant sur les risques éventuels que sur les conditions de mise en œuvre de ces recherches, par des groupes privés comme Total, peu connus pour leur transparence tant vis-à-vis des salariés que de la population. De nombreux scandales sanitaires ou des accidents technologiques pourtant évitables ont fini par rendre la population méfiante à priori.

  Dans le domaine de l’énergie, comme dans tous les autres, les moyens de productions sont mis en œuvre par des groupes privés qui n’ont que le profit à court terme pour objectif, ce que vous soulignez d’ailleurs dans votre courrier. La recherche permanente du profit, dans le cadre d’une économie de marché au sein de laquelle s’affrontent des intérêts concurrents, se fait toujours au détriment de la santé des travailleurs qui conduisent les installations, en faisant prendre des risques aux riverains ou encore au mépris de l’environnement. Ce n’est pas vrai seulement de cette technique particulière d’exploitation des gaz de schiste, mais de toute la production. Et le courant auquel j’appartiens, celui des communistes révolutionnaires, dénonce les dégâts, parfois irréversibles, de cette économie capitaliste depuis toujours.
 
  Mais en ce qui nous concerne, nous ne voulons pas mener le combat contre telle ou telle technique sans discuter, justement, des conditions sociales dans lesquelles, ces techniques sont mise en œuvre. Dans cette société, un grand nombre de techniques sont dangereuses. L’extraction classique du charbon, qui reste largement utilisé dans le monde pour produire de l’électricité et n’est pas facilement remplaçable à court terme, tue chaque année des milliers de mineurs dans le monde.
Dans votre charte, vous souhaitez promouvoir « un scénario de transition énergétique » et vous voulez que j’approuve le « principe de sobriété, d’efficacité énergétique et de prévalence des énergies de flux (renouvelables) sur les énergies de stock (épuisables) » (point n°6). Mais dans cette société, divisée par des clivages de classes, dans cette période de crise aiguë où la pauvreté s’aggrave de jour en jour, la « sobriété énergétique » que vous réclamez reviendra à imposer la sobriété forcée aux pauvres par des augmentations de prix. Les familles pauvres ne pourront pas se payer le fioul pour se chauffer ni l’essence pour se déplacer, en dehors des transports collectifs de moins en moins suffisants, pendant que les riches pourront voyager en 4x4 ou prendre l’avion, même de ligne sans même parler de ce que consomment leurs yachts ou leurs jets privés. Cette vision n’est en rien exagérée. De plus en plus d’associations dénoncent la fracture énergétique qui empêche, déjà aujourd’hui, les plus pauvres de se chauffer.
Alors, si je suis solidaire de tous ceux qui refusent de voir des groupes privés explorer le sous-sol, en toute opacité et avec des techniques dangereuses pour les nappes phréatiques et plus généralement pour les riverains, ce n’est pas une simple charte qui les empêchera de nuire.
   

Je pense que le problème principal de notre époque est de faire en sorte que la société maîtrise consciemment l’ensemble de ces choix en terme d’énergie. Il faut que ces choix soient faits en toute conscience, de façon réfléchis et discutés démocratiquement par la collectivité et pas sous la pression de groupes industriels et financiers mus par leurs seuls espoirs de profits.
Cela implique d’enlever le contrôle et la possession des moyens de production aux actionnaires privés ou aux banquiers qui les possèdent et les mettent en œuvre pour le seul profit. Cela implique de mettre un terme à cette économie de marché, de plus en plus transformée en économie de casino, qui n’est pas nuisible seulement pour la planète et l’environnement mais pour l’humanité dans une multitude de domaines. C’est le combat de mon courant, celui du communisme révolutionnaire, dont je porte les idées et le programme à l’occasion de cette élection présidentielle."

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